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Fablab et entreprise

Un  Fablab est une plate-forme de prototypage rapide d’objets physiques, « intelligents » ou non.

L’ensemble des Fablabs se définit comme un réseau mondial de chercheurs, d’ingénieurs et de bricoleurs qui tentent de découvrir de nouvelles façons de produire des objets.

Pour un Fablab, être affilié au réseau des Fablabs du MIT suppose d’en respecter la charte qui repose sur quatre points clés :

* l’ouverture au public,
* l’affichage de la charte,
* le partage des outils et processus,
* la collaboration avec d’autres Fablabs.

« Les Fablabs ont 3 enjeux : l’éducation (favoriser les idées, permettre de les essayer, autoriser l’échec), la culture (diffuser les connaissances), et l’économie (donner accès aux techniques et aux compétences). » Antony AuffretFabriques du Ponant

Les Fablabs sont ouverts au grand public comme aux professionnels, porteurs de projets et aux entreprises. En Europe, ils se sont d’abord créés aux Pays-Bas, en Norvège ou en Angleterre et en France depuis 2011. Ils intéressent les bricoleurs, les designers, les électroniciens ou encore les roboticiens amateurs qui cherchent à réaliser des projets par eux-mêmes ou en collaboration avec d’autres et qui ne peuvent les réaliser chez eux ou sur leur lieu de travail.

Que peut apporter un fablab à une entreprise ?

Le fablab aide à passer de l’idée au prototype

On y trouve

  • du matériel : des découpeuses laser, fraiseuses numériques, défonceuses numériques, découpeuses vinyle et bien sûr les très populaires imprimantes 3D.
  • une communauté de personnes pouvant apporter des conseils, de l’aide, des compétences…

Comment?

Do It With Others (DIWO). L’espace du FabLab, comme l’arrivée d’Internet, permet de mettre en relation les bricoleurs et favorise le travail collaboratif. On ne le fait même plus « soi-même », mais avec les autres, l’apprentissage par les pairs étant encouragé dans les FabLab, chacun apportant ses champs de compétence (électronique, découpe du bois, couture, etc.).

« Failure is always an option ». (l’échec est toujours une option). Faire par incrémentation, par erreurs successives…est vivement encouragé. Si vous demandez au fab manager de vérifier votre conception numérique, il devrait sûrement vous répondre « teste, tu verras bien ». L’apprentissage se fait en testant ses idées, par itération, et permet de sortir de l’approche logico-déductive.

« Un fablab est un lieu accessible d’exploration fondé sur le droit à l’erreur. » Antony AuffretFabriques du Ponant

 

Un fablab peut aider à raccourcir le Cycle d’innovation

Les premières sociétés à dégainer se trouvent outre-Atlantique

Exemple : Withings, qui conçoit et fabrique des objets connectés, élaborer les moules d’un nouveau produit demande environ six mois. Et six mois supplémentaires sont requis pour produire 3 000 pièces. Améliorer le produit ? Cela nécessite d’attendre d’avoir épuisé le stock existant. Le faire évoluer prend donc au minimum quinze mois… Avec des procédés de fabrication rapide sans outillage, comme ceux proposés dans les Fablabs, il deviendrait possible de produire 500 pièces immédiatement, puis d’améliorer le produit pendant environ deux semaines, et de relancer la production pendant un mois.

Le cycle d’innovation passerait donc de quinze mois à deux mois et demi seulement.

Avec leur créativité, de fait, les Fablab peuvent devenir de formidables incubateurs de start-up, comme le prouve l’épopée Dodocase, aux Etats-Unis. Patrick Buckley, relieur à San Francisco, se désespérait de voir son usine mourir à petit feu, faute d’ouvrage à mettre sur son établi. Un matin, il décide de passer la porte de l’un de ces ateliers hybrides où il est reçu poliment, écouté, aidé et où on lui apprend à se servir d’une machine à découpe laser. Il a réussi à concevoir son prototype, il a été conseillé sur la commercialisation, et en vendu plusieurs millions…

 

Un fablab peut Aider au prototypage rapide

« Pour prototyper, les équipes des Fablabs vont souvent plus vite que les entreprises. Elles ont moins de contraintes (et de risques), et plus de passion. » Antony AuffretFabriques du Ponant

 

« Le modèle auquel je crois aujourd’hui, c’est celui des Fablabs adossés à des sites de production avec toutes les exigences de qualité nécessaires, et la possibilité de produire en grandes quantités vingt-quatre heures sur vingt-quatre ”, affirme un entrepreneur.

Pour les industriels, on pourra alors parler de… Fabulous Labs.

Un fablab peut favoriser la Création de nouvelles entreprises

De ce formidable tourbillon créatif naissent de nouvelles entreprises. « Ce n’est pas notre but premier, mais cela semble évident, note Jean-Michel Rogero (ingénieur dans l’aéronautique est un fidèle d’Artilect, le plus ancien des fab labs français, créé à Toulouse dès 2009). Quand on va au « fablab », les opportunités sont multipliées par trois ou quatre. »

Ces machines permettent à de très jeunes start-up de réaliser facilement et pour une somme modique (le simple prix d’un abonnement annuel de 30 euros chez Artilect) des prototypes. Elles peuvent ensuite convaincre plus facilement d’éventuels investisseurs, ou un accélérateur de start-up, de la valeur de leur projet. La start-up Naïo Technologies a par exemple a développé Oz, un robot capable de désherber tout seul, grâce au fab lab Artilect à Toulouse.

Un nouveau créneau pour le made in France ? Pour l’instant, les industriels français ne sont pas encore entrés dans le mouvement. Et ce sont plutôt les businessmen chinois, qui, à distance, surveillent les prototypes et proposent leurs services…

Aux Etats-Unis, Barack Obama s’est très tôt déclaré convaincu du pouvoir des fab labs pour « ramener la production industrielle dans les pays occidentaux ».

Un fablab c’est aussi Un espace de liberté pour les ingénieurs

« De grosses entreprises, comme Airbus ou Daher, se sont intéressées de près à notre projet de fablab. Certaines veulent extruder des projets de leurs ingénieurs dans cet espace de liberté », déclare Gary Cige (qui développe un projet de fablab de 1500m² à Paris). Les grands groupes pourraient abonner une partie de leurs salariés pour qu’ils développent des idées personnelles, puis si elles sont bonnes, les réintégrer à leur structure lorsqu’elles ont atteint un stade suffisamment mature.

 

Auto-organisés, ces ateliers séduisent maintenant les entreprises qui y voient un moyen de motiver leurs troupes et de relancer la créativité de leurs organisations.

 

Ce côté catalyseur des fab lab intéresse au plus haut point les industriels. Airbus aide ainsi Artilect, et la Casemate serait en contact avec Orange.

 

Certains industriels  créent des fab labs.

Renault, Airbus, Air Liquide… en créent en interne – pour permettre à leurs ingénieurs d’expérimenter, de prototyper, de tester et réduire la distance entre l’idée et sa concrétisation… Afin également d’introduire la notion “ d’open innovation ” (l’innovation partagée par tous les membres de l’entreprise) dans ses murs…à contre-courant de la tendance qui domine depuis vingt ans : la dématérialisation des projets soumis à des cahiers des charges hyperdétaillés et enfermés dans des logiciels de conception assistée par ordinateur ultrasophistiqués.

 

Le Creative People Lab (Renault) est directement issu du dispositif d’appel à idées mis en place voici plus de deux ans par la direction de l’innovation du groupe, raconte Lomig Unger. Ces appels sont lancés trois à quatre fois par an, et près de 70 000 salariés sont libres d’y répondre.

A chaque session, de 100 à 200 idées sont remontées sur un forum. Elles sont débattues et les plus intéressantes (celles dont le porteur est prêt à s’engager pour aller plus loin) sont placées en incubateur afin d’être développées. « Mais on ne voulait pas rester dans le virtuel. Pour créer des retombées économiques, il fallait ancrer ces idées dans le réel ». C’est là que le fablab interne montre tout son intérêt. Grâce à lui, un concept de coffre automobile modulaire est en cours de réalisation. Il sera peut-être retenu pour un prochain véhicule Renault (nov 2013).

 

« Renault, Air Liquide ou Airbus ont des fablabs internes, mais ce n’est pas suffisant. Il leur manque la diversité des rencontres et des compétences qui fait la richesse des fablabs autonomes. » Sébastien LeroyFabmake

D’autres sponsorisent des Fablabs

Chez le fabricant de petit électroménager SEB, l’approche se révèle un peu différente. L’entreprise française sponsorise un Fab Lab en dehors de ses murs, avec le master Idea et l’Ecole centrale de Lyon. Un labo externe… mais proche de son centre de recherche et développement.

“ Dans ce Fab Lab, nous voulons faire entrer en collision, de manière opportuniste, des étudiants et des chercheurs, explique Karim Houni, chef de projet innovation chez SEB. Nos collaborateurs trouvent de la sorte un espace pour développer les idées qu’ils ne peuvent mettre en œuvre chez nous. Il faut ensuite laisser faire les choses… Nous espérons que cette démarche deviendra très naturelle. ”

Les fab labs brassent une communauté riche, notamment composée d’experts. Leur présence pourrait permettre à ces espaces de devenir de nouveaux lieux de formation professionnelle. Les spécialistes d’un domaine pourraient par exemple former les salariés des entreprises inscrites à des thèmes pointus, qu’ils maitrisent bien.

 

 

Un fablab permet d’Améliorer la créativité des salariés

Les entreprise peuvent difficilement attendre de leurs employés qu’ils pensent de manière flexible et innovent tout en poursuivant leur routine habituelle (Innovation Jugaad, N. RADJOU).

Une étude portant sur 400 employés a démontré que 20% de temps libre (sur leur temps de travail) permet aux salariés d’être plus créatifs et plus productifs sur les 80% restants. Google, 3M sont  connues pour accorder à ses salariés 20% de leur temps de travail sur des projets qui les passionnent, même s’ils s’écartent de leurs missions habituelles.

 

« Les activités créatives sont susceptibles de fournir de précieuses expériences de maîtrise et de contrôle, mais peuvent également fournir aux employés des expériences de découverte qui influencent les résultats liés à la performance. »

Cela serait lié aux effets bénéfiques de « récupération » que peuvent nous offrir ces projets parallèles : ils nous permettent de nous échapper mentalement des tâches liées à notre activité professionnelle, nous rendant par là-même plus efficace lorsque nous nous remettons au travail.

Et il semblerait qu’avoir des activités créatives, ou se lancer dans des projets personnels qui nous tiennent à coeur, a un effet bien plus important que de se contenter d’avoir uniquement des activités « passives ».

mais aussi de Motiver les salariés

Les entreprises  prennent conscience que les jeunes ingénieurs ne peuvent plus travailler comme ceux d’avant. Pour les attirer, puis pour les garder les entreprises savent qu’elles vont devoir s’ouvrir. Ce que les Fablabs leur apprennent c’est qu’ils sont un outil pour faire bouger les modes de management et développer la transdisciplinarité.

 

Face à la nécessité d’innover, de donner du sens au travail, d’ouvrir des nouvelles pistes de business et de cultiver leur capital image, les sociétés tissent des partenariats gagnant-gagnant avec le monde associatif.

Ces partenariats permettent d’ouvrir la voie à de nouvelles sources de business

La complémentarité est au coeur de ces alliances.

Cet apprentissage de la transdisiplinarité peut bénéficier à l’ensemble de l’entreprise, surtout dans un contexte économique difficile, et faire émerger des opportunités pour des marchés plus classiques.

 

Un fablab permet la Fabrication en dehors des schémas traditionnels

Les nouvelles pratiques liées à la fabrication numérique et les Fablabs posent la question de la fabrication en dehors des schémas industriels dépendant d’une autre échelle, plus locale. La question du marché et de la valeur économique est souvent écartée au profit de « pratiques indisciplinées » et d’une vision radicale et alternative. Ces pratiques se manifestent par une forme d’autonomie et se réclament d’une réappropriation du travail et d’une redéfinition du lien social, qui se rapproche de l’idée d’”utopie concrète” développée par André Gorz. Le système technique dans lequel nous évoluons et que ces communautés font progresser apparaît comme étant intimement lié au politique.

 

L’exemple donné par le fablab du Cerfav est à ce titre éloquent, qui adosse les secrets d’atelier du verre à des conceptions d’outils ou de moules que seule la fabrication numérique peut permettre. Là où certains ateliers considèrent les productions des machines numériques comme étant une fin en soi, les artisans verriers emploient les particularités de l’impression 3D et de la découpe laser pour concevoir des supports techniques ou des contre formes éphémères qui accompagnent la production d’objets soufflés ou moulés. La revitalisation de certaines cultures artisanales par l’outil numérique apparaît comme une piste à explorer pour mesurer le potentiel de la fabrication numérique à cette échelle, dans un prolongement de certaines valeurs des Arts & Crafts.

 

Laurence

mes Sources : Merci à tous ces auteurs
Le paradigme économique des Tiers Lieux | ECHOSCIENCES – Grenoble, Publié par Raphaël Besson le 1/08/2014
« Fab lab », bidouille et partage… bienvenue dans le monde des makers – Le Nouvel Observateur
Comment nos projets personnels peuvent améliorer nos performances dans tous les domaines ? par coreight le 28/07/2014
Reprendre la main sur le faire…De Camille Bosqué et Catherine Sarraco | The Glass Fablab – France
Les FabLabs en dix termes clés, Par Philippe Passebon publié le 17/05/2014
Cinq bénéfices que les entreprises peuvent retirer concrètement des fablabs,Par Lélia de Matharel – Publié le 16 juin 2014,
Fablab : l’innovation libérée grâce à l’impression 3D Par Thibaut De Jaegher publié le 17/06/2014
Les industries de demain naissent au coeur des Fab Labs, pro.01net.com, publié le 07/11/2013.
Comment bien réussir une alliance entreprise-association?, Par Isabelle Hennebelle , publié le 31/10/2013
Innovation et partage, la révolution des « fab lab », Par Bruno D. Cot, publié le 22/02/2014
Innovation Jugaad, de Navi Radjou, éditions Diateino.